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© 2019 par Anthony Grégoire

Mon parcours

D'origine thiéssoise, né à Grand-Thialy, au Sénégal, ce n'est que tardivement que je me dévoue exclusivement à mon art. Bien que je m'y adonne avec passion depuis ma tendre enfance, je n'avais pas compris les implications qu'un artiste pouvait susciter dans sa propre communauté.

Très jeune, c'est à l'épicerie de mon papa que je passais tout mon temps, avec un petit magnétophone qui jouait sans cesse les titres de Mireille Mathieu, Nana Mouskouri, et toutes sortes de musique de ce genre; musiques pour lesquelles je ferai d'ailleurs des reprises plus tard. Sinon, la rencontre bouleversante dans ma vie aura été celle d'un halpular venu rendre visite à mes grands frères dans leur atelier de menuiserie: il est artiste, il fait du théâtre, de la musique. C'est alors qu'il m'a entendu chanter et, décelant un certain talent en ce jeune homme que j'étais, il m'invite dans sa troupe de théâtre où je chante les chœurs d'ouverture de pièces théâtrales. Je me lance donc dans le théâtre...

Avant l'arrivée de la radio et de la télévision (on est dans les années 1980), c'est avec un autre groupe de théâtre que ma troupe et moi profitons de nos performances pour faire passer certains messages politiques dans la communauté, messages visant entre autres les politiciens en période électorale. Ces performances me mènent donc, au cours des années suivantes, à créer la Troupe HLM-Thialy, qui performait dans les ruelles de la ville de Thiès pour ramasser de l'argent pour le HLM. Mais une seconde rencontre fera basculer ma vie de jeune artiste, celle d'un militaire s'accompagnant à la guitare avec qui nous fermerons dès lors le groupe Penche. Le groupe a beaucoup de succès dans notre entourage, et même plus largement, jusqu'à ce que la troupe voyage vers la Mauritanie; sans moi toutefois qui suis retenu au pays par mes responsabilités familiales...

Je retourne donc sporadiquement à mes premiers élans artistiques, jonglant aussi avec quelques projets musicaux ici et là, jusqu'au retour des musiciens de la Mauritanie, moment où le groupe des Déménageurs est fondé, et rapidement fusionné avec le Super Retro Rythme de Thiès, ensemble qui nous permettra de remporter le second prix au Festival de Saint Louis, en 1991. Ce prix, en plus de nous donner la chance de produire plus de 1500 cassettes au Studio 2000, me place en tant que tout premier Sérère noon de l'histoire à enregistrer son art en studio. Fort de ce succès, les années suivantes me voient me produire au sein de divers ensembles musicaux et à la direction artistique de la troupe de ballet Niil ja. Ces années me porteront aussi à la télévision, notamment dans « Le Pari de l’Ancien », téléfilm réalisé en 2000 à Fandène par Ahmadou Fall, selon l’œuvre du dramaturge Sada Weïndé Ndiaye, et diffusé sur la RTS.

Mais malgré ces succès qui, aussi modestes soient-ils, me suivent et me portent, mon art n'arrive pas à obtenir le moindre succès chez les Noons, dans ma propre communauté, parce que je faisais de l'Afrorythm. Les Noons, eux, ne reconnaissaient que le mbilim... Ma musique avait une visée et des influences d'une dimension internationale, alors que l'intérêt des miens aurait été plus local... Une troisième rencontre me pousse donc dans un vent de changement que je n'aurais jamais soupçonné: Mansour Seck (qui accompagnait alors Baaba Maal), me conseil de me ressourcer dans ma communauté afin de me rapprocher de mes racines... C'est donc un retour au mbilim, que je dansais déjà, aussi en tant que musicien, mais sans le chanter. Fort de mon bagage acquis jusqu'alors, et de mes expériences artistiques, je m'implique donc, depuis, dans des recherches personnelles, documentant auprès des vieux et des vieilles l'originalité du mbilim afin de mieux comprendre toutes les dimensions du genre et me le réapproprier selon ma couleur, mon style, ma vision de ce que devrait pouvoir apporter aux générations futures les empreintes culturelles que nous ont légué nos ancêtres.

Mais mes recherches, si elle m'ont permis de réactualiser la musique mbilim, aujourd'hui, tant dans sa forme traditionnelle que sous une nouvelle image interculturelle et internationale, m'auront aussi toutefois laissé derrière celles et ceux qui ont plutôt fait le pari de se rapprocher des genres populaires tels que le mbalax ou le folk, ou encore qui ont choisi le wolof afin de faire passer un message plus national que local. Un choix qui aurait pu porter ses fruits si ces mêmes musiciens s'étaient faits les porte-étendards de la culture noon! Mais si l'artiste fait vivre l'art, ce premier doit aussi en vivre: rare sont celles et ceux qui décideront de retarder leur carrière nationale, voire internationale, pour se faire porteur d'une identité locale en voie de disparition... Celui qui fait des recherches n'a pas besoin de se presser toutefois; se forger une identité musicale ne se force pas. Mon style, acquis pendant toutes ces années à sillonner les villages de la communauté, c'est l'intégration du rythme fondamental du mbilim, le "sam seu mou na", dans mon jeu de guitare.

Mes opportunités

J'ai eu aussi à voyager cependant, en 2000, notamment grâce à ma sélection à une commission artistique pour représenter la Ville de Thiès qui m'a permis de performer pendant plusieurs semaines à Caen, en France. Étant le seul musicien, le reste du corps de ballet étant constitué de comédiens, j'ai eu là l'opportunité d'accompagner la troupe, mais aussi de faire quelques prestations en première partie d'artistes de renom. Avec sept spectacles par jour, j'ai pu parfaire ma technique et renforcer mes capacités de musiciens.

 

Depuis mon retour au Sénégal, je vis de mon art en tant qu'artiste indépendant, seul responsable de mes projets musicaux et de la gestion qui leur incombe. C'est ce qui m'a conduit, plus récemment, à produire mon propre album de musique, "Mbilim Noon", paru en juin 2016. Il s'agit d'un mini-album présentant quatre titres, auto-produit avec un ami, dans son petit studio.

Maintenant, ce sont mes recherches chez les vieux qui m'ont permis de rencontrer les musiciens actuels avec qui je travaille, notamment l'Ensemble Rakhane Mbissane. Fort de l'enseignement rigoureux aux sabars que leur a octroyé leurs pères, ces musiciens possèdent toutes les qualités et les connaissances nécessaires au développement de mon projet de faire passer le mbilim à un niveau supérieur, de le faire entrer dans la modernité pour la postérité. C'est avec eux que j'ai pu enregistrer cet album de mbilim qui m'a ensuite permis de retourner dans la communauté noon et de dire à tout un chacun que nous avons quelque chose de beau et de grand, chez nous, les Noons. C'est un hommage à mes racines, à la culture de ma communauté: le mbilim existe, il est là, et il faut le promouvoir.

Mon combat

C'est un peu à partir de ce moment que les artistes noons ont pu commencer à demander des cachets pour leurs prestations dans la communauté. C'est l'essence artistique même de la communauté noon qui rend difficile la possibilité de se démarquer: tous et toutes sont artistes, et les attentes sont tellement hautes que le moindre faux-pas suffit à banaliser toute la somme du travail accompli. Tant est que la communauté n'a pas valorisé sa culture; mais une ethnie qui n'a pas de culture, c'est une ethnique qui n'a pas d'âme... C'est un poids lourd qui pèse chez nous, aujourd'hui, et qui alimente l'effacement identitaire des Noons au sein de la Commune de Thiès, pourtant eux-mêmes natifs de la ville de Thiès.

Mais ce passé que j'essaie de revaloriser porte aussi le tribu de la honte d'être "Noon". Effectivement, l'attribution du nom "Noon" référant à l'ennemi des wolofs rappelle sans cesse les actions de brigandage et de cruauté du temps colonial perpétrés par les Saafi de Thiès. Mais nous n'en sommes plus là! Le Noon d'aujourd'hui n'est plus le Noon d'autrefois! À quoi bon s'abrutir dans une histoire passée en vue de l'attribution d'un nom par les autres, alors que l'on pourrait valoriser cette résistance à l'envahisseur, chez nous? Le combat d'alors pour la préservation de la culture noon se perpétue aujourd'hui dans un contexte où cette même culture est en train de disparaître, diluée qu'elle est dans ce carrefour culturel qu'est devenu Thiès, faute d'avoir revendiqué notre place au cœur de notre propre patrimoine géographique. Le passé, c'est derrière nous. Chaque ethnie à son histoire, et le Noon doit maintenant aller de l'avant et s'affirmer.

C'est pour cela que je travaille depuis quelques années à l'organisation du Festival du rônier, arbre mythique, voire mystique chez les Noons et qui est à la base de notre savoir et de nos savoirs-faires: vannerie, menuiserie, construction, alimentation, etc. Le Noon côtoie cet arbre dans une relation intime qui aura même porté la production des dérivés du rônier sur le plan national, sans toutefois que celui-ci ne revendique pour autant la paternité de ce savoir-faire. De toutes les délégations du Sénégal, seule Thiès est considérée comme un carrefour, reniant jusqu'à la présence et l’autochtonie des Noons dans la région. L'identité Noon, à Thiès, ça n'existe pas. Ça, c'est mon combat le plus absolu: promouvoir l'identité et la culture Noon.

Mon combat, je le vis encore et toujours à travers ma musique, mais je le vis maintenant aussi en m'associant avec divers chercheurs, universitaires et autres, de tous les pays: du Sénégal aux Pays-Bas, en passant par la France, le Canada et les États-Unis. La culture, c'est la musique; c'est la langue; c'est la gastronomie; ce sont les croyances que nous ont transmises nos ancêtres. Ce que je fais, je le fais pour moi; je le fais parce qu'une culture en voie de perdition — ma culture! — se doit de compter dans ses rangs ce porte-étendard dont elle a besoin pour survivre et se développer. Ce que je fais, c'est un appel aux artistes et à la jeunesse Noon à faire des recherches et à promouvoir notre patrimoine, plein de richesses, toujours vierge de concrétisation et de matérialisation pour une vraie reconnaissance de la communauté et de ses origines.

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